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LA JOURNÉE NATIONALE DU 10 MAI

Le 10 mai est la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition » depuis 2006.

Cette journée nationale a été choisie sur proposition du comité pour la mémoire de l’esclavage (rapport 2005).

Ainsi que l’indiquait le Président de la République dans son allocution du 30 janvier 2006, le 10 mai « honore le souvenir des esclaves et commémore l’abolition de l’esclavage ».

La France est le premier État et demeure le seul qui à ce jour ait déclaré la traite négrière et l’esclavage « crime contre l’humanité », elle est également le seul Etat à avoir décrété une journée nationale de commémoration. Le 10 mai évoque la déclaration de Delgrès en 1802 et marque aussi le jour de l’adoption à l’unanimité par le Sénat, en deuxième et dernière lecture de la loi de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

La ville de Cahors est entrée depuis 2012 dans le cercle restreint des communes célébrant cette journée nationale. Elle a choisi d’honorer la mémoire du député Victor Schoelcher en donnant son nom au giratoire qui précède le pont Louis-Philippe. Victor Schoelcher a été l’un des ardents porteurs de la loi qui a permis l’abolition définitive de l’esclavage en 1848.

POur ce 10 mai 2015, une cérémonie est organisée. Elle recevra la présence de la Préfète du Lot Catherine FERRIER, du maire de Cahors Jean-Marc VAYSSOUZE-FAURE, du Président de la Ligue des Droits de l’Homme Slim LASSOUED, du Président d’Amnesty International Daniel BIROU, du Président du Cahors Gospel Festival Alexandro ATTELLY.

L’HISTOIRE DU NEGRO SPIRITUAL ET DU GOSPEL

L’histoire du negro-spiritual et du gospel est étroitement liée à l’histoire des Afro-Américains. Elle est marquée par trois événements majeurs,

1865 : l’abolition de l’esclavage (1)
1925 : la Renaissance Noire
1985 : le premier Dr Martin Luther King’s Day

Les origines : le syncrétisme africain facilitant les mélanges

La naissance du négro spiritual, au confluent des traditions africaine et européenne  (protestante  d’avant 1865), représente un espoir d’évasion spirituelle ou physique

L’histoire du Negro Spiritual débute avec la déportation de millions d’Africains (douze à quinze ) par les européens (Grande-Bretagne, Portugal, Hollande, Espagne, Italie, France, Suède et Danemark) pour le commerce. Ces ethnies déportées sont majoritairement originaires d’Afrique de l’Ouest. La majeure partie de ces hommes et femmes sont bannies au sein de leurs ethnies respectives, prisonniers d’autres Africains ou de marchands arabes. Le négoce régulier s’établit rapidement dès le début du XVIIe siècle.

affiches-negroesPour contrer l’interdiction de parler et  rythmer le travail pénible et difficile  les esclaves noirs s’adonnent aux Work Songs (chants de travail). Ce sont des chants simples et sans accompagnement.

Au plan technique le Shout, une pratique utilisant le principe de phrases courtes et cinglantes a leur préférence. Il s’agit d’une expression solitaire à partir de la voix humaine, elle tisse un fil spirituel entre les dieux et les forces surnaturelles traditionnelles auxquels chaque groupe ethnique tente de s’accrocher pour survivre.

Comme aux Antilles, en dépit des différences de langues, le mélange avec la langue anglaise va s’opérer lentement produisant un « broken English » que l’on retrouvera ensuite dans les relevés historiques. Christianisés de force, les esclaves noirs adopteront la Bible (Saint Paul, Saint Jean Baptiste) pour construire des paroles simples implorant le Dieu des chrétiens de les reconnaitre.

L’Afrique de l’Ouest matrice des transformations

L’expression chantée et dansée colore l’ensemble des rituels sociaux.

– La musique est omniprésente pour les événements importants de la vie : guerre, naissances, deuils  et pour les cérémonies traditionnelles : mariages, appels à la fertilité, à la pluie …

– La danse est un autre mode de communion, souvent associé au chant. La figure de base en est souvent le cercle, un principe intégrateur pour beaucoup d’ethnies.

Le rythme, celui des percussions ou celui des pieds et des mains est un aspect fondamental de la culture dee ethnies de l’Afrique de l’ouest. Cependant la pratique musicale ou dansée demeure intégratrice. Il n’y a pas de division entre les artistes et un public comme en Europe. Les pratiques d’expression concernent le groupe dans son entier. Comme le relève John Lowell : « l’Africain joue rarement pour quelqu’un comme le font les Occidentaux, il joue habituellement avec quelqu’un. »

Des caractéristiques:

– Un système de répons structure le chant : un leitmotiv appuyé sur une mélodie traditionnelle est produit par le chœur. Un soliste articule son chant à partir de cette base rythmique et harmonique. Ce chant est dit improvisé parce qu’il fait appel aux compétences harmoniques du chanteur qui  s’éloigne souvent de l’écriture de la ligne mélodique initiale pour en produire une nouvelle venant s’insérer dans le cadre harmonique original.

– La palette rythmique est étendue et contribue à l’exaltation..

– Les instruments traditionnels : le plus souvent des cordes (Kora, Bolon, N’goni et Gravi-kora) et des tambours. Ils soutiennent le rythme et permettent une communication entre hommes ainsi qu’avec les « tout-puissants »  . Leur interdiction conduira à une pratique vocale exclusive qui empruntera toutes les ressources traditionnelles (gammes, registres et sons) nettement différentes des pratiques occidentales.

La question de l’évangélisation des esclaves au début de l’esclavage:

Les partisans croient à une paix durables entre planteurs et esclaves, les autres redoutent l’acquisition d’une égalité entre croyants.

Au début, le peuple noir résiste à la participation aux offices des églises catholiques. Certaines ne cachent pas leur position pro-esclavage, et l’utilisation élitiste du latin les exclue de fait.

Au milieu du XVIIème siècle (1730-1750) « the great awaking » (le grand réveil) apparaît en Angleterre et se répand dans les colonies. l’Église d’Angleterre soutient nettement l’évangélisation des esclaves.

Dans le Nord, les habitants sous influence catholiques acceptent la présence des noirs durant les offices, mais sous forme d’un apartheid. Du fond de l’église, ils apprendront par cœur les mélodies de la liturgie tout en en modifiant les lignes mélodiques en raison de leur système musical traditionnel (davantage sur le mode dorien que le mode majeur). Cela donnera lieu à des altérations intéressantes pour l’histoire de la musique lors des relevés effectués par les historiens musicologues.

Ce réveil s’accompagne de la création d’un nouveau répertoire sollicitant encore plus les compétences musicales des esclaves.  De nouveaux cantiques (psaumes) succèdent aux hymnes (qui étaient plus simples). Leur circulation est assurée par des recueils (le très célèbre « Hymns & Spirituals Songs » du pasteur Isaac WATTS -1707 . Le recueil « A collection of Psalms & Hymns » du fondateur des Églises Méthodistes John Wesley. – 1737

Dans le Sud, c’est « On n’évangélise pas de la marchandise » qui imprègne les positions des planteurs. La pression de l’Église d’Angleterre aboutira finalement à l’envoi d’évangélistes auprès de la population noire des Amériques.

La contribution européenne:

Un principe de l’Eglise voulait qu « un chrétien ne pouvait être un esclave ». L’abolition de cet article gênant par un Evêque de Londres en 1727 répondait au souhait des colons qui voulaient apaiser les révoltes par des sermons.

L’évangélisation qui débute au XVIIIe. a mis en relation esclaves et musique européenne.

Auparavant les colons européens étaient arrivés avec des psaumes à la prosodie simple et à la métrique régulière, adaptés à une assimilation rapide par des fidèles blancs bien souvent analphabètes et surtout  incapables de déchiffrer la musique.

Dans la pratique, le chantre lit les versets avec un débit suffisamment lent et clair pour que l’assemblée puisse l’imiter en retour. La ligne mélodique du chantre est unitonale (chaque syllabe se chante sur une note).

L’apport des recueils d’Isaac Watts (3) publiés au XVIIIe (avec des hymnes qui s’ouvrent sur le Nouveau Testament dans une langue poétique et sur des mélodies entraînantes) ou des frères Wesley va être déterminant même s’il ne s’agit là que des White Spirituals.

{{Dans un premier temps l’accompagnement instrumental }} s’appuie sur les pratiques traditionnelles africaines les outils  (hache, marteau, pioche, …). sont détournés de leur usage pour en faire des instrument d’accompagnement. Dans un second temps, la créativité africaine permettra une musique clandestine qui se joue avec des tambours, des flûtes de roseau, et qui empruntera à la musique européenne ses styles (berceuses, gavottes).

C’est nettement plus visible  dans les colonies espagnoles, portugaises et françaises qui sont beaucoup plus souples et tolérantes (catholicisme). On en retrouve les traces dans les folklores antillais et sud-américains du XXème siècle.

Les premiers Negro Spirituals sont une libre interprétation des messages d’espoir, de justice et de liberté qui se trouvent dans les Ecritures Saintes. Les esclaves vont  entendre  dans les sujets abordés (couple Adam et Eve, Noë, Moise, l’Exode et le Christ) une parabole de leur condition. Les esclaves noirs s’identifient notamment aux Hébreux que les Egyptiens oppressent, mais qui finiront par être libérés par Moise. Eux aussi  attendent leur libération.

Les Negro Spirituals sont le résultat de la transformation des hymnes baptistes et méthodistes en des chants combinant traditions africaines (structure en questions-réponses), avec les textes chrétiens et les mélodies liturgiques européennes. Ils sont souvent chantés a cappella par un groupe vocal.

ring-shoutLes esclaves noirs n’ont pas de lieu propre pour leur pratique religieuse. Après l’office, les groupes ont l’habitude de rester pour un « ring shout  » : une ronde criée. C’était une survivance de la danse africaine primitive. Les hommes et les femmes, elles-mêmes disposées en cercle. La musique commençait, sûrement avec un spirituel, et le cercle commençait à se déplacer, d’abord lentement, puis avec une allure qui s’accélère. La même phrase musicale était répétée à plusieurs reprises pendant des heures. Cela produisait un état d’extase. Les femmes criaient et tombaient. Les hommes, épuisés, sortaient du cercle. Les pasteurs et les membres instruits vont interdire cette pratique.

Les premières églises noires indépendantes font leur apparition vers 1770 quand les colonies d’Amérique du Nord souhaitent devenir indépendantes. La première (1774). se situe en Caroline du Sud .

camp-meetingA partir de 1780, les Camp-meetings (rassemblements religieux multiraciaux en plein air) jouent un rôle essentiel. Pendant ces réunions sous des tentes durant lesquels la musique et le chant, des milliers d’esclaves se réunissaient, écoutaient des prédicateurs itinérants pendant des heures, Ils succèdent aux  Praise House (souvent situé dans des églises qui interdisaient la pratique instrumentale).

A l’apogée des Camp-meetings (1830-1850) les esclaves sont majoritairement convertis. Les Tabernacle Songs deviennent rapidement des Spirituals.

Ils se caractérisent par :

–  une écriture mélodique altérant la tierce et la septième des gammes majeure (inexistante dans les gammes africaines)

– des improvisations utilisant des phrases passe-partout  ({{Running Verses}}) et des {{Ring & Shuffle Shouts}} (danses d’inspiration africaine, en pas traînés) le mot « {{shuffle}} » désignant l’onomatopée du frottement du chausson sur le parquet et son inclusion dans le rythme.

Les textes des négro spirituals vont évoluer avec l’histoire sociale et celle de l’évangélisation

Le début du 19ème siècle marque la participation des Noirs au 2ème réveil religieux sous l’influence catholique (Second Awaking). Ils se rencontrent dans des « camp meetings » et chantent sans aucun recueil de cantiques des chansons spontanées composées sur le vif. Elles ont été appelées “spiritual songs”, »chansons spirituelles»

Par force, les négro spirituals sont des chants chrétiens, la plupart d’entre eux utilisent des extraits de la Bible, notamment ceux qui évoque l’espérance et la vie éternelle. Les «jours sombres de l’esclavage» ont été éclairés par l’espoir et la foi que Dieu ne laissera pas seuls les esclaves.

Negro Spirituals et Work Songs (chants de travail

Au cours de l’esclavage et par la suite, les travailleurs étaient autorisés à chanter pendant leur temps de travail. C’était le cas quand ils avaient à coordonner leurs efforts. Même les prisonniers avaient l’habitude de chanter des chansons  d’ «enchaînés » ou « Chain Gang », quand ils travaillaient sur la route ou une construction. Et certains « conducteurs de chantiers » ont également permis aux esclaves de chanter des chansons calmes, paisibles, si elles ne contenaient pas de propos anti-esclavagistes.

Reprenant leur traditions culturelles les Noirs ont gardé l’habitude de chanter en tout lieux : aux réunions, au travail et à la maison.

A la différence des chants de travail « work songs » qui ne portaient que sur leur vie quotidienne, les spirituals étaient inspirés par le message de Jésus-Christ.

Les paroles des work songs étaient étroitement liées à la vie de leurs auteurs, les esclaves, ils traduisent la rudesse de leurs conditions de vie et sont les compagnons de leurs efforts collectifs. Ils sont différents des hymnes et des psaumes, parce qu’ils étaient une façon de partager la dure condition d’être un esclave.

Les Négro spirituals ont pour thèmes la rédemption, le retour vers Dieu, le retour à la maison, le triomphe de l’espoir sur la misère et la délivrance.

Dans la Bible, les récits des souffrances et des peines des Hébreux ont une résonance très profonde chez les esclaves noirs qui y voient une parabole de leur propre condition..Les textes les plus célèbres comme Swing Low ou Wade in the Water, The Gospel Train, contiennent un double sens d’abord métaphorique puis de plus en plus réaliste à mesure que le conflit Nord Sud s’approche d’une guerre. Ainsi, certains chant deviendront des chants de résistance avec un langage secret et des codes d’évasion.

Le salut de l’âme loué, imploré, pleuré est envisagé comme l’évasion du corps meurtri, la fuite rebelle, la sortie physique de l’empire de la servitude mais aussi aux moyens utilisés par les fugitifs pour s’enfuir vers un pays libre :

– monter sur un «chariot» ou un «train» fait directement référence à l'{{Underground Railroad,}} ou chemin de fer souterrain, une organisation informelle qui a aidé de nombreux esclaves à fuir. Ces chariots s’arrêtaient à des «stations», mais ce mot pouvait aussi signifier un lieu où les esclaves devaient aller pour être pris en charge.

« wade in the water » évoque à la fois le baptême religieux et la traversée de l’Ohio pour que les chiens ne puissent pas retrouver leur piste.

– Les paroles de «The Gospel Train  » sont « Le train arrive … montez à bord … Il y a de la place pour beaucoup d’autres ». Ceci est un appel direct à s’enfuir, en prenant un « train » qui s’arrête à des « stations ».

– « Swing Low, Sweet Chariot» se réfère à Ripley, l’une des «stations» de chemin de fer clandestin, où les esclaves fugitifs étaient les bienvenus. Cette ville est au sommet d’une colline, au-delà de la rivière Ohio, qui n’est pas facile à franchir. Donc, pour atteindre cet endroit, les fugitifs devaient attendre de l’aide venant de la colline. Les paroles disent : «J’ai regardé le Jourdain et qu’est-ce que j’ai vu / Venant pour m’emmener à la maison / Un groupe d’anges qui venaient vers moi ».

De la parabole religieuse au chant de résistance

Comme pour la majorité des peuples opprimés, l’inventivité des moyens de résistance, de restauration de la dignité va marquer les textes et se traduire par une subtile tromperie à l’intention des maîtres. Les chants auront l’apparence d’un contenu religieux alors qu’ils contiennent langages secrets et codes d’évasion pour préparer la fuite, des indications sur les lieux de rassemblement, les jours d’évasion.

Quelques mots-clef:

– Jordan : l’Ohio ou la frontière entre Etats-Unis et Canada. Quand il est profond et glacé, il est infranchissable.

– sweet canaan : c’est la terre biblique située au-delà de la Mer Rouge où Moïse doit conduire son peuple pour le sauver ; associé phonétiquement au Canada où l’esclavage n’a jamais existé.

– promise land : la terre promise / le territoire du Nord

– home : la maison, le foyer ; l’endroit sûr où chacun espère vivre libre. Ainsi, «home» peut signifier le ciel : la terre d’élection que tous aspirent à atteindre où toute servitude, toute souffrance, est abolie, mais cela signifie secrètement un pays libre.

L’underground railroad:

Afin de s’exprimer sans risques, les esclaves noirs américains se dotent, au début du XIXème siècle, de tout un jargon de métaphores, incompréhensibles des maîtres blancs. De nombreuses chansons, hermétiques pour ces derniers, circulent de plantations en plantations. Le terme qui désigne le système mis en place afin d’organiser la fuite des esclaves est ainsi très représentatif de ce phénomène, on parle en effet d’ underground railroad, ou chemin de fer souterrain.

En effet, cette quête de la liberté célébrée dans les spirituals pouvait être gagnée par la fuite hors des États du sud esclavagiste. A partir de la fin du XVIIIème siècle, puis surtout au début du XIXème, plusieurs groupes religieux, notamment les quakers (puis les méthodistes, presbytériens et congrégationalistes), organisent la fuite des esclaves ou lèvent des fonds afin de financer cette entreprise.

Pourquoi cette référence au train?

Cette référence au « chemin de fer clandestin » est bien sûr métaphorique. Les esclaves en fuite n’utilisent pas de trains et encore moins de tunnels. Ils reprennent en revanche le champ sémantique du rail. Prenons quelques exemples: à la tête de l’entreprise périlleuse que constitue une tentative de fuite se trouve le chef de train ou conductor, un individu qui connaît la région arpentée, et qui conduit un ou plusieurs esclaves jusqu’à une gare (station). Certains opposants à l’esclavage mettaient ainsi leur domicile à la disposition des fugitifs. Ils y trouvaient abri, de quoi se restaurer et un peu d’argent pour poursuivre leur route. Afin de repérer facilement les stations, les « hôtes » faisaient briller des chandelles aux fenêtres.railroad-station

En fait, les stations, distantes d’environ 20 miles, constituaient autant d’étapes sur le chemin vers la liberté, à l’instar d’une ligne de train. Pour se déplacer, les conducteurs utilisaient des moyens de transport discrets, mais pratiques, tels que des chariots bâchés ou des charrettes à double fond. La plupart du temps, les fuyards se reposaient la journée et ne voyageaient que de nuit, afin d’être les plus discrets possible.

On estime que 40 000 à 100 000 esclaves ont fui le Sud esclavagiste en utilisant les structures de l’underground Railroad.

la-fuiteBien sûr, les propriétaires des plantations enrageaient face aux fuites, parfois massives d’esclaves. Aussi, firent-ils pression sur les autorités pour faire passer la loi sur les fugitifs (1850). Toute personne fournissant aide à un fugitif était passible de 6 mois d’emprisonnement et 1000 dollars d’amende. De très nombreuses peines furent infligées, sans mettre un terme pour autant à l’underground railroad. Certains conducteurs payèrent en tout cas très cher leur engagement, à l’image de John Fairfield, un des conducteurs blancs les plus célèbres, tué au cours d’une expédition pour l’Underground ou encore Calvin Fairbank, emprisonné près de 17 années pour ses activités antiesclavagistes.

Quelles destinations?

underground-2Les différentes routes et chemins secrets sillonnaient le Sud, en direction du Nord. On estime que vers 1850, environ 3000 personnes travaillaient pour l’Underground Railroad. Les routes conduisant au Canada étaient variées. Les principales partaient du Kentucky ou de la Virginie et passaient par l’Ohio, où se trouvait le réseau le plus complet. Le Canada représenta la terre promise pour les esclaves en fuite. En effet, les esclaves noirs américains quittaient clandestinement le sud, et tentaient de gagner les États du Nord antiesclavagistes, en franchissant la ligne Mason-Dixon, qui séparait la Pennsylvanie du Maryland et se prolongeait à l’ouest. Beaucoup poursuivaient leur route jusqu’au Canada, puisque, dès 1793, une loi contre les esclaves en fuite autorisait les propriétaires d’esclaves à venir récupérer leur « bien » dans les États du Nord.

Harriet Tubman

Certains « conducteurs » devinrent de véritables héros. C’est le cas d’Harriet Tubman, une ancienne esclave qui effectua 19 périples secrets dans le Sud au cours desquels elle mena plus de 300 esclaves vers la liberté.Harriet-Tubman

Pour haranguer son groupe d’évadés, leur redonner courage devant l’épreuve, Harriet Tubman chantait Go Down Moses, rappelant la sortie victorieuse du peuple élu d’Egypte contre la volonté du pharaon, à qui le seigneur envoya ce message porté par Moïse Let my people go,  « laisse mon peuple s’en aller ».

Harriet Tubman ne se fit jamais prendre, malgré l’acharnement des esclavagistes à la faire capturer. Ainsi, les propriétaires des plantations avaient offert 40000 dollars de récompense pour sa capture. Son acharnement remarquable à libérer les esclaves lui valut le surnom de « Moïse de son peuple » (on y revient). L’abolitionniste John Brown l’appelait «General Tubman ».

Au bout du compte, les efforts de quelques individus courageux (les « chefs de gare », « conducteurs » évoqués plus haut, qui risquaient gros) permirent d’affranchir des dizaines de milliers d’esclaves.

(1) officiellement l’esclavage existe jusqu’en 1800 au Nord et en 1863 au Sud)

[2] Blue notes : dans la gamme de Do majeur, les notes mi et si deviennent mi bémol et si bémol ; le mi et le si n’existaient pas dans la musique africaine, les chanteurs les bémolisaient naturellement pour retrouver leur conception de la justesse).

(3), réformateur calviniste,